En voiture, Simone ! (Série : « Les moyens de transport et moi, un rapport compliqué »)

Pour moi, une voiture est une voiture. Par exemple, je suis incapable d’en donner la marque ou le type. Si la couleur est particulière je m’en souviendrai mais c’est mon maximum.

J’ai un lourd passif avec les voitures. Le premier événement traumatique remonte à mes huit ans, à l’occasion de la simulation organisée par la sécurité routière dans mon école afin de nous sensibiliser aux dangers de la circulation. Je me souviens avoir souffert le martyre d’humiliation, moi jeune conductrice fière et de bonne volonté, dans la cour de l’école où était installée une piste d’éducation routière pour les Schtroumphs conducteurs que nous étions.

Pour le coup, je ne me souviens pas de la marque du bolide que je conduisais (un vélo), mais je me souviens que, comme les autres enfants, je trouvais l’exercice très ludique. Jusqu’à ce que je grille mon premier feu et me retrouve tétanisée au rond point sans savoir où aller/quoi faire. Je ne comprenais pas cet environnement ni ses règles. Honte et panique s’abattirent sur moi. Les autres enfants réussirent tous le test haut la main-peau-de-lapin sauf moi. Le ton était donné.

J’avoue que ces anecdotes en lien avec les voitures intriguent encore ma psychologue dans le cadre de mon syndrome Asperger.

Notamment les nombreuses fois où j’ai pénétré dans la voiture d’inconnus sans y être invitée, pensant être dans la voiture d’amis.

J’ai fait mes premières armes à l’âge de 17 ans, à l’occasion d’une soirée d’où j’étais partie quelques minutes avant mes amis pour aller les attendre dans la voiture. Je me souviens avoir vaguement cherché la voiture dans la rue puis m’être installée à l’intérieur pour les y attendre. Mes amis tardant à me rejoindre, j’attendais donc le nez collé à la vitre, scrutant les quelques passants… Jusqu’à ce que mes amis passent devant la voiture, semblant chercher quelque chose, moi en l’occurrence. Choquée, j’avais tambouriné à la vitre pour attirer leur attention. Ils m’avaient regardée, éberlués : « Mais kess tu fous dans cette bagnole ? Comment t’es rentrée ??! ». J’étais rentrée le plus naturellement du monde dans une voiture. J’ignore quel avait été mon critère de sélection : la proximité, la couleur (de nuit…), une vague ressemblance avec la voiture de mes amis ? Bref, il semble que de toute façon elle aussi m’attendait car la porte arrière était ouverte.

Quelques années plus tard, à l’occasion d’une soirée organisée par des collègues, nous avions quitté le bureau à bord de plusieurs taxis afin de nous rendre ensemble sur les lieux de la fête. Je précise que j’étais seul passager dans le mien. Sur le chemin très embouteillé, j’avais profité d’un feu rouge pour descendre retirer de l’argent au distributeur. Une fois réintégré le véhicule j’avais alors aperçu dans le retro mes collègues, hilares dans le taxi derrière nous, agitant les bras dans tous les sens pour attirer mon attention.

Emballée et pensant qu’ils étaient enthousiastes à l’idée de la soirée, je m’étais donc retournée pour leur rendre ces quelques signes de joyeusetés à travers la vitre arrière du véhicule. Ce qui n’avait fait qu’accroitre leur hystérie.

Heureusement, devinant que je n’avais pas deviné, l’un d’eux avait fini par venir me récupérer, au moment-même où mon chauffeur, qui n’avait rien d’un taxi, découvrait, ébaubi, la présence d’une intruse sur son siège arrière. Le tout devant le regard à la fois distrait et inquiet des autres automobilistes qui se demandaient sérieusement à quoi rimaient ces échanges louches.

Ce piratage de siège de voiture s’est répété avec le temps. Une autre fois, en rentrant de vacances avec mes amis. En sortant de la station essence où nous avions fait une halte, j’étais partie m’installer pour les attendre dans la première voiture à ma disposition. En l’occurrence derrière une dame avec son bébé, laquelle attendait visiblement le retour de son mari. J’avoue avoir été choquée en découvrant sa présence, une fois que j’eus claqué la porte. Cependant pas autant qu’elle. Cela fit bien rire mes amis, secoués mais pas surpris, au final.

Loin de moi l’intention de me dédouaner mais la génétique a sa part de responsabilité dans ce déréglage. En effet, je me souviens du jour où ma mère nous avait conduits mon ex-mari et moi à la rôtisserie en prévision du dîner.

Mon ex-mari nous avait alors proposé d’aller l’attendre dans la voiture pendant qu’il réglait la note. Ma mère, le poulet et moi étions donc sortis en éclaireurs. Une fois dans la voiture, nous avions attendu. Attendu, attendu. Au bout de quinze longues minutes et ne voyant que l’herbe qui verdoie, nous avions alors passé une tête à l’extérieur (c’est-à-dire ma mère car le poulet et moi étions restés tranquilles). En vain. C’est alors que mon téléphone portable s’était mis à sonner. C’était mon ex-mari qui nous attendait devant la voiture, inquiet de ne pas nous y voir. Quand nous lui avions répondu que NOUS l’attendions dans la voiture, il avait pris peur : « Mais QUELLE VOITURE ????? ». « Ben, la voiture de ma mère ». « Mais c’est pas possible, je suis devant et vous n’y êtes pas. Mais OU ETES-VOUS ?? ». Devant ce mystère, nous avions décidé de sortir de nos voitures respectives pour nous localiser.

Bah, nous étions au final dans la même rue sur laquelle étaient garées à quelques dizaines de mètres deux Fiat rouges.

Pendant que ma mère et moi gloussions, rigolardes et le poulet sous le bras, arguant qu’il était inconscient de laisser sa voiture ouverte (quelle mauvaise foi, quand j’y repense) et que tout de même, cette voiture ressemblait drôlement à celle de ma mère, mon ex-mari levait les yeux au ciel en grommelant que les chiens ne faisaient pas des chats.

L’histoire ne dit pas quelle fut la réaction du propriétaire lorsqu’il retrouva, probablement incrédule, son véhicule aux sièges chauffés et embaumant le poulet rôti. En tous les cas, cette histoire se finit bien, sauf pour le poulet qui n’échappa pas à son destin.

Publié par Sylvie Seksek

Mon blog sur l'autisme

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