Les chiffres : mon point d’ancrage

J’ai toujours eu un rapport particulier aux chiffres.

L’heure

Elle doit être ultra précise. Quand j’étais à l’école, je demandais à ma mère de me réveiller le lendemain ou de mettre le réveil pour 7h37 ou 7h38, après y avoir songé un certain temps, bien sûr. Car ça n’est pas une décision qu’on prend à la légère.

Besoin impérieux d’indiquer les dates et heures précises

Quand j’écrivais à ma mère, enfant et adolescente, aucune missive ne sortait de ma chambre sans qu’elle ne soit agrémentée de divers chiffres ultra précis. Que ce soit pour indiquer le jour d’envoi de ma lettre en cours, le jour supposé de réception dudit courrier par ma mère, l’heure exacte à laquelle j’écrivais, les jour et heure de mon arrivée si j’étais en vacances, etc.

Par ailleurs, sans avoir une personnalité propre…

… les chiffres ont une réalité pour moi

Je vous explique :

pendant que je rassemble mes idées, n’hésitez pas à prendre un peu de vitamine C, vous risquez d’en avoir besoin.

Voilà : il y a les chiffres durs et les chiffres doux. Par exemple le chiffre 7 est anguleux, contrairement au chiffre 8, tout en boucles et rondeurs.

Si toutefois le chiffre est impair, il est dur par principe, contrairement aux chiffres pairs, bien plus doux par principe aussi. Si je pouvais comparer, je dirais que les chiffres impairs correspondent aux touches noires sur un piano (les bémols, dièses et autres altérations de notes, du genre « entre deux eaux, pas nets-nets, quoi »). Et les chiffres pairs correspondraient aux touches blanches du piano : pleines, entières, rien à se reprocher.

Le choix de 7h38 pour me réveiller le matin l’emportait généralement sur celui de 7h37. En effet, trois chiffres impairs sur trois chiffres, ça pique (je précise que le zéro avant le 7 compte pour du beurre. Pourquoi ? Je l’ignore mais gardons un peu de mystère si vous le voulez bien).

Certes, le chiffre 3 n’est pas anguleux car il est composé de deux ½ cercles. Cependant 7h38 doit être privilégié car il/elle comprend le chiffre 8, rond et pair. Le 8 apporte ainsi un peu de douceur.

Conclusion, 7h38 est le parfait équilibre : un chiffre impair et anguleux + un chiffre impair MAIS plutôt rond + un chiffre pair et rond.

Et cerise sur le gâteau, la symétrie est respectée car nous avons un impair/anguleux à gauche, un pair/ »bouclé » à droite et au milieu, un impair « bouclé » (mélange de dur et de doux, donc. Nous pouvons ainsi affirmer sans risquer de nous tromper que le chiffre 3 du milieu est constitué pour moitié des gènes de son papa, le sévère chiffre 7, à sa gauche, et pour moitié des gènes de sa maman, le doux chiffre 8, à sa droite).

Voilà ! La démo est terminée, respirons.

Passons maintenant à la météo :

Je la regarde à la télé (aucun intérêt de l’écouter à la radio car je ne peux pas voir mes petits chéris les chiffres). Quand c’est l’heure de la présentation météo, je la regarde encore et encore. Avec parfois la tentation de me rapprocher de l’écran de télé pour mieux voir ces chiffres. Sur plusieurs chaines : TF1, TF2 … TF10. En effet, dans mon besoin d’ultra précision, je préfère regarder la météo sur plusieurs chaines. Si toutefois TF1 prévoit 23° à Paris et que TF2 en prévoit 24, je couperai pas la poire en deux en mettant ce gigantesque écart sur le compte de la température réelle et la température ressentie.

Et je lis les chiffres à voix haute en même temps que je les découvre. Donnez-moi un micro : vous n’aurez pas, 1 fois, la météo de toute la France mais 100 fois la météo d’une même ville (la mienne, si ça ne vous dérange pas). Deux minutes après j’aurai oublié mais peu importe. De toute façon je ne raterai pas un prochain bulletin météo, vous pouvez compter sur moi.

Fixer l’information 

Quand on me rapporte un évènement, je demande en priorité à connaître l’heure de l’évènement, l’âge des participants, l’étage de leur appartement etc. Par exemple si un ami me dit qu’il est allé déjeuner chez des gens que je ne connais pas, je me fiche en général royalement de savoir ce qu’ils se sont dit, sauf si c’est croustillant ou d’un intérêt particulier. En revanche, je voudrai savoir à quel étage les hôtes habitent, quels sont les âges respectifs des hôtes et invités, depuis combien de temps ils se connaissent, s’il y a un ascenseur, une terrasse, à quelle heure mon ami est arrivé et reparti.

A savoir tout ce qui est lié à un chiffre et qui me permet de fixer l’information (et quelle information !). Désolée mais comme dit la chanson, c’est peut être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. En l’occurence que grâce à ces informations, je peux avoir une représentation visuelle de l’évènement ou du cadre tout au moins. Et après ‘y s’passe quoi ? Ben rien, si ce n’est que j’ai les infos que je voulais.

Bien sûr, mes questions peuvent être gênantes socialement car cela peut passer pour de la curiosité mal placée ou être en complet décalage avec la conversation. Cependant, les gens me connaissent et sont immunisés. Ils se prêtent donc généralement de bonne grâce au jeu des questions débiles et je leur en sais gré. Ma meilleure amie va même plus loin, avec humour, en s’excusant d’emblée, par exemple, si elle vient d’assister à un accident en se rendant chez moi : « J’ai pas eu le temps de leur demander leur âge ni à quel étage ils habitent ».

Quant aux rares qui me disent : « Mais kess ke ça peut t’faire, à quel étage ils habitent ??! Tu ne les connais pas, de toute façon », je réponds souvent en souriant car je peux comprendre le décalage et l’incongruité de mes questions ainsi que l’agacement de l’ami que je sonde, et ça me fait rire.

Sans oublier mon hypermnésie des chiffres, bien sûr, la base. Je précise que ce rapport aux chiffres n’a jamais fait de moi une bonne matheuse, dommage…

Publié par Sylvie Seksek

Mon blog sur l'autisme

4 commentaires sur « Les chiffres : mon point d’ancrage »

      1. Je ne sais pas quel site vous avez regardé. La page anglaise de Wikipedia décrit assez bien quelques manies (https://en.wikipedia.org/wiki/Arithmomania). C’est indiqué comme une névrose, mais ça apporte aussi un côté décalé particulier (recherche d’énigmes et de liens entre les nombres, que je ne voudrais pas perdre, notamment via les jeux de maths ou puzzles…). Envahissant, oui et non, faire un puzzle suffit parfois à calmer le trop-plein de besoin (enfin… je ne sais pas si je suis concerné, je recherche à ce sujet).
        Votre considération des nombres n’est-il pas également envahissant, au vu de ce que vous décrivez? 😀

        J'aime

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