Opération nettoyage de sol, quand les fonctions exécutives s’en mèlent

Définition des fonctions exécutives : « (…) capacité à organiser une série d’actions en une séquence optimale visant à atteindre un but. » (extrait du site du crfna).

Beaucoup d’autistes présentent une défaillance des fonctions exécutives.

Parmi les troubles occasionnés, « Les recherches ont montré que les enfants Asperger tendaient à continuer d’utiliser des stratégies incorrectes et étaient moins susceptibles d’apprendre de leurs erreurs, alors même qu’ils savaient que leur stratégie ne marchait pas » (Shu et al. 2001).


Histoire d’eau..

Il y a quelque temps, j’ai vécu une expérience  traumatisante. Mon seul tort ? Avoir voulu laver le sol chez moi..

Tout avait pourtant bien commencé.

Sachant que je devais m’acquitter de cette tâche ménagère et ne souhaitant plus repousser l’échéance, j’ai brandi le jour J mon balai-serpillère en clamant : « Halte à la procrastination ! ».

Puis j’ai engagé une réflexion avec moi-même sur la façon de m’organiser pour mener à bien cette formidable aventure qui s’offrait à moi.

Dans un premier temps en interrogeant mon métabolisme afin de trouver ensemble le prochain créneau où je serais en forme.

En effet, ma forme varie au quotidien sur un mode en dents de scie et à des moments précis, à savoir : tout de suite au réveil, puis après mon petit-déjeuner, puis, avant de déjeuner, au retour d’une rapide promenade afin de me changer les idées.

Ensuite, de 14hrs, heure à laquelle je déjeune, jusqu’à 17h00 : je ne suis pas au maximum de mes capacités. Excepté si je me trouve en entreprise car je suis portée par l’émulation du site.

Quand je le peux, le week-end je fais une sieste mais le temps que j’émerge, je ne suis pas opérationnelle avant 17h de toute façon, heure à laquelle commence ma deuxième journée, sur le même modèle que la première.

Le jour du grand lavage se trouvant malencontreusement être celui de mon entretien Skype de 16h30 avec ma psychologue, j’ai donc dû identifier un créneau dans l’agenda de mes moments disponibles et vitaminés, avant 16h30. Bon. Dans la mesure où il était déjà 15h15, c’était vite vu.

Je précise que cette préparation mentale est déjà, en soi, consommatrice d’énergie. Cette fameuse énergie généralement défaillante chez les personnes avec autisme Asperger et qu’il faut donc gérer tant bien que mal, à défaut de pouvoir la dompter.

De plus, la motivation et les vitamines ne suffisent pas toujours. En effet, une opération de lavage d’une telle envergure nécessite aussi de réelles capacités d’organisation et de management.

Première étape : par où commencer ?

Ignorant par quel bout aborder le chantier, comme d’habitude, et sentant poindre la démoralisation face à l’ampleur que prenait le projet dans ma tête, au fur et à mesure que j’y réfléchissais et le retournais dans tous les sens, je suis allée en repérage dans la salle de bains, afin d’identifier dans un premier temps les acteurs du projet.

A savoir LA serpillère, LE liquide nettoyant, LE balai-serpillère, LES gants ménagers, LE balai à poils souples, LE seau, LA pelle (le râteau ? Non non. Vous n’êtes pas dans un épisode de Martine à la plage. Plutôt un épisode de Martine fait le ménage).

Je les ai ensuite fixés intensément les uns après les autres. J’ai bien senti qu’ils essayaient d’éviter mon regard mais c’était vain. Aujourd’hui était LE JOUR.

Je pouvais donc passer à la deuxième étape :

C’est à dire décider lequel d’entre eux ouvrirait le bal. Décider aussi si je devrais commencer par verser le nettoyant pour le sol dans le seau. Un seul bouchon, c’est ça ? A condition d’avoir rincé le seau au préalable. Je l’avais déjà nettoyé à la fin du précédent lavage mais j’ai rendu cette étape obligatoire afin d’avoir au moins un rituel auquel me raccrocher quand je lave le sol (ouh, quelle vie trépidante, me direz-vous !).

Après, une fois versé le liquide dans le seau, devrais-je y ajouter immédiatement l’eau ? Ah ah, rien n’est moins sûr ! Car en commençant par ça, le temps que j’aille passer le balai, il n’y aurait plus de bulles à la surface de l’eau (et sans les bulles, ça n’a aucun intérêt).

Au fait, où se trouvait le liquide nettoyant ? Je ne le range jamais exactement au même endroit et l’idée de devoir farfouiller parmi ces produits ménagers qui se ressemblent tous n’était pas réjouissante…

Bref, tempête mentale en vue.

Le temps que mes idées se mettent en place d’elles-mêmes, je suis allée passer le balai. Facile.

Une fois fait, j’ai rejoint le seau qui attendait mes instructions puis lui ai donné à boire : beaucoup d’eau mélangée à un peu de mousseux.

Nous nous sommes ensuite retrouvés côte à côte à considérer l’immensité de la tâche qui nous attendait.

Finalement, prenant notre courage à deux anses, nous avons commencé notre travail. A droite, à gauche, à genoux, débout, nous virevoltions dans tous les sens.

Maitrisant difficilement mon enthousiasme retrouvé, je me saisissais vigoureusement du balai-serpillère, je le plongeais dans le seau et une fois qu’il regorgeait d’eau savonneuse, je le balançais avec fougue sur le sol et je m’agitais, je m’agitais. Je lavais le sol.

« Sifflez en travaillaaannnnt ».

Une fois terminé et satisfaite de mon travail, j’ai plongé une dernière fois le balais-serpillère dans le seau pour l’ébrouer et noyer quelques saletés dans l’eau sale. Puis je l’ai pressé et écrasé en faisant les gros bras, dans la partie réservée à cet effet dans le seau, sur le côté.

A un moment j’ai cru entendre une petite voix au fonds de ma tête qui me disait : « Fais gaffe, Musclor, c’est risqué, ce que tu fais ». Téméraire, j’ai balayé cette voix d’un revers de gant Mappa puis suis retournée à l’épongeage du balai-serpillère, afin de le vider au maximum de ses substances. J’avais fini !

C’est tout du moins ce que je croyais. En effet, à force d’appuyer sur le bord du seau, celui-ci a fini par se renverser et avec lui des litres d’eau, de saleté, de poussière etc.

Mon sol était complètement inondé, ainsi que mes pieds. Je tiens à préciser que pour l’occasion, j’avais mis mes jolies chaussettes « cinq doigts » multicolores.

Transpirante et au bord du gouffre, j’ai regardé l’heure à travers les gouttes de transpiration qui brouillaient ma vue. Je n’avais plus du tout envie de siffler en travaillant. Envie de siffler tout court d’ailleurs.

Il était 15h50. Mon entretien Skype étant prévu dans 40 mns, je devais faire rentrer dans ce court créneau : une douche (c’était pas prévu à ce stade mais désormais indispensable sous peine d’attraper la gale, le tétanos ou je ne sais quoi encore) et l’essorage du sol.

Sans oublier que je devrai être en mesure d’afficher un visage serein et apaisé auprès de ma psychologue afin de montrer que non, je n’oublie pas mon confort quand je me prépare pour nos entretiens Skype.

Je précise que la gestion du temps n’est pas mon fort.

Bref, 15h50.

Panique à bord et rebelotte, par où commencer ?

Jeter mes chaussettes à la poubelle, prendre ma douche, éponger le sol ? Enfiler une autre paire de chaussettes avant de replonger dans mon mini-Gange ? Auquel cas, ces chaussettes seraient sans nul doute à jeter une fois l’épongeage effectué. Inutile de prendre des chaussettes neuves donc, ou jolies, ou rares ou ou ou. Réfléchir aux chaussettes. J’avais pas prévu ça dans mon plan d’action. Eh hop, déclenchement de l’arbre des possibles (tout ça pour choisir une paire de chaussettes probablement destinées à etre jetées, argh !!!!!!!).

Action ! J’ai jeté mes chaussettes pleines de saletés à la poubelle, en ai mis une autre paire puis me suis lancée dans un épongeage intensif du sol, à l’aide du balai-serpillère et de la serpillère. Et hop, je récupérais l’eau qui recouvrait le sol, et hop j’essorais dans le seau et ainsi de suite, le tout à la vitesse de l’éclair.

Je ne voyais plus trop ce que je faisais, les gouttes de transpiration m’ayant désormais privée de la vue, mais je m’activais, c’est certain. J’avais aussi les oreilles qui bourdonnaient, pour les mêmes raisons d’obstruction causée par les gouttes de transpiration.

Finalement, je me suis retrouvée avec un sol nickel, et pour cause, ainsi qu’avec un seau désormais rempli d’eau très sale, et pour cause.

Je trônais là, fièrement, mon balai-serpillère planté (bien que vacillant, comme moi) dans le seau, tentant avec peine de maitriser ma respiration et de dégager les gouttes de transpiration qui avaient redoublé d’intensité.

Mon chat choisit ce moment pour faire un peu de patinoire sur le sol, pas grave. Surtout comparé à ce qui allait arriver.

En effet, enfin prête pour aller à la douche (en me dépêchant, je serais à temps pour mon rdv de 16h30), il me restait toutefois à essorer le balai-serpillère dans le seau avant de vider définitivement ce dernier. Pressée par le temps, j’ai essoré le balai-serpillère contre le rebord du seau en mobilisant toute l’énergie qui me restait (appelons-là l’énergie du désespoir).

Toute occupée que j’étais à l’ultra-essorage du balai-serpillère, je n’ai malheureusement pas entendu (mes oreilles étant officiellement hors service, noyées sous mes gouttes de transpiration) la petite voix de tout à l’heure, celle que j’avais éconduite et qui me disait probablement maintenant : « Non, là, vraiment, FAIS GAFFE ! Souviens-toi ce qui s’est passé tout à l’heure ».

C’est ainsi que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le seau s’est renversé à nouveau sur le sol.

Et là, comment dire ? Comment décrire mon état ? Désespoir, frustration, tristesse infinie, extrême fatigue, colère envers moi-même.

Pendant que, désabusée, je tentais de libérer mes orteils des lianes de moutons de poussières qui commençaient à s’attacher, mon chat allait chercher son maillot-de-bain, ravi d’avoir patinage et piscine dans la même journée.

A 16h10 j’étais sous l’eau, au sens propre comme au sens figuré.

J’ignore dans le détail ce que j’ai fait pendant les 20 minutes qui me séparaient de mon entretien Skype.

J’ai nettoyé, c’est certain. Comment ? ‘M’en souviens plus. Je me suis douchée, aussi. J’ai conservé quelques flashs de moi, pleine de mousse, dévorant de mes yeux exorbités l’horloge de la salle de bains.

Par miracle j’ai été à l’heure pour la séance Skype avec ma psychologue. L’histoire ne dit pas (moi non plus) si je me suis tenue bien droite pendant la séance afin de montrer que j’étais bien assise dans une position confortable, ou bien de peur de devoir bouger, découvrant ainsi le drap de bain qui me faisait office de pantalon !

Pour en savoir un peu plus sur la dysfonction exécutive, c’est par ici : https://youtu.be/YtP_ooNz5xU

Publié par Sylvie Seksek

Mon blog sur l'autisme

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