Comment je me préparais en prévision d’un entretien d’embauche

Dans mon précédent billet, j’ai évoqué la vision que j’ai des entretiens d’embauche, sur la base de mon expérience.

Dans ce billet, je souhaite décrire précisément la façon dont je me préparais en prévision de ces entretiens.

En effet, mon aisance avec les entretiens d’embauche ne signifie pas que je n’étais pas préparée, bien au contraire. 

L’enquête

Ainsi, dans un premier temps, avant de connaitre le nom de l’entreprise qui recrutait, j’essayais par tous les moyens de le deviner, sur la base des informations dont je disposais via l’annonce ou bien l’agence de recrutement. J’adorais ça car je suis curieuse de nature et ai un besoin constant d’occuper mon cerveau. Faire des recherches, trouver puis recouper des informations etc.

Alors, si par exemple l’annonce de l’offre faisait mention d’un : « ..Acteur majeur dans l’industrie pharmaceutique, situé dans le secteur de La Défense (92)… « , je me lançais dans une recherche pour tenter de l’identifier.

Je me trompais souvent mais les informations ainsi récupérées devenaient utiles au moment de poser des questions censément pertinentes au recruteur, par exemple concernant la concurrence de la société.

Une fois que j’avais officiellement connaissance du nom de l’entreprise qui recrutait, je me plongeais dans une recherche d’informations la concernant ainsi que concernant les personnes que j’allais rencontrer et/ou pour lesquelles je serais amenée à travailler.

Lorsque c’était possible, c’est à dire rarement car on ne communique pas ce genre de données (hormis peut-être un prénom, que je mémorisais immédiatement), je tentais aussi de trouver un maximum d’informations sur la personne dont j’allais reprendre le poste. Cela me permettait de me situer en matière d’expérience et de compétences.

Ignorant mon autisme à l’époque, je n’avais pas interprété ce genre de recherches préalables à l’entretien d’embauche comme une préparation digne de ce nom. Ce n’étaient pour moi « que » ma curiosité et mon espoir qui se posaient sur une nouvelle cible. Espoir d’une vie professionnelle stable, finalement. 

Quand mon profil visuel et ma fibre artistique s’en mêlaient

De même, pour identifier les similitudes entre mes expériences passées et les tâches listées dans la fiche du poste à pourvoir, j’imprimais mon cv ainsi que la fiche de poste et je les reliais avec force couleurs, feutres, flèches et autres formes géométriques. En procédant comme cela, je soulageais mon cerveau et privilégiais un mode de travail plutôt « créatif » (en toute modestie, hein …).

Une fois mon chef d’œuvre artistique terminé, j’allais piocher dans ma réserve à la recherche de quelques raisons légitimes à produire au recruteur lorsque celui-ci me demanderait pourquoi j’avais quitté tel poste, puis tel autre, puis tel autre etc.

Moi : « Il n’y avait pas d’anglais dans le poste, contrairement à ce qui était prévu », ou bien « Assez rapidement, il n’y a plus eu de travail » ou encore « Une meilleure opportunité s’est présentée ailleurs » etc.

3 qualités et 3 défauts

Je n’oubliais pas non plus de rafraichir mon vivier de qualités et défauts pour le moment où je devrais répondre à la fameuse question des « Citez-nous 3 de vos qualités et 3 de vos défauts ».

Idem pour la question : «Décrivez-nous l’un de vos échecs et l’une de vos réussites professionnelles».

Surtout, je prévoyais une illustration pour tout ce que j’avançais ! (je l’avoue, mon meilleur argument est le fruit d’un emprunt. En effet, l’un des managers qui m’avaient interviewée m’avait dit, vantant les qualités de son ex-assistante, que celle-ci lui avait fait gagner plus de 30% en productivité). Quelle meilleure illustration d’efficacité pour une assistante, n’est-ce pas ?

Très souvent, je savais plus ou moins ce qu’on allait me demander et ce que je répondrais. Et quand une question me surprenait, j’étais plutôt contente car je n’avais alors d’autre choix que de laisser libre cours à ma spontanéité. Cette spontanéité indispensable à tout entretien de recrutement.

Enfin et concernant mon historique professionnel tel qu’il figurait sur mon CV, je précise que, « en bonne autiste », j’ai toujours eu du mal à hypertrophier le titre de mes anciens postes. Pas spécialement par honnêteté intellectuelle dans mon cas mais parce que je trouvais cette pratique ridicule voire pathétique chez les autres.

Cependant, je n’étais pas fermée à tout

Ainsi, lorsqu’une agence de recrutement a évoqué un jour la possibilité que j’inscrive à mon CV un diplôme que je ne possédais pas mais qui était généralement demandé dans mon secteur d’activité, j’ai obtempéré. Cela ne m’a posé aucun problème, d’autant qu’aucune entreprise ne m’avait jusqu’alors demandé de posséder ce diplôme.

Et quand bien même on me l’aurait demandé, j’aurais fait traîner de façon qu’entre-temps je maitrise suffisamment le poste pour qu’il devienne couteux en temps et énergie de se séparer de moi, sur un motif bassement administratif. Je précise que le marché du recrutement dans l’assistanat est notoirement difficile et que les donneurs d’ordre peinent à trouver les personnes qu’ils qualifient de « bon.nes candidat.es ».

Bref, je pense pouvoir affirmer que j’étais suffisamment préparée en prévision des entretiens d’embauche.

Des méthodes de recrutement parfois douteuses

C’est sans doute grâce à cela que j’ai survécu aux recruteurs improvisés (je précise, cela à son importance, que l’activité de consultant en recrutement est une activité non réglementée). Par exemple des personnes qui disposaient d’un bon réseau familial et amical pouvant avoir des besoins en personnel administratif. Auquel cas le recruteur était tout trouvé !

Ces mêmes recruteurs parfois totalement étrangers aux codes qui régissent le déroulé d’une procédure de recrutement. Par exemple en s’invitant sans vergogne à l’entretien d’embauche, entre le client recruteur et moi, la candidate. 

Pour ensuite, surprise !, me demander d’effectuer une traduction d’un court texte juridico-financier, du français vers l’anglais (en tant que française, la règle eût été de me demander une traduction de l’anglais vers le français, mais bon..). Demande effectuée à l’improviste, svp, après 1h30 d’entretien conduit en français et en anglais. C’est-à-dire quand mon réservoir à énergie était très largement entamé.

Une fois mon interro surprise terminée, j’avoue avoir redouté qu’on ne me soumette à une épreuve de saut à la perche, histoire de finir en beauté.

Au fait

Rappel n° 1 : l’entretien d’embauche n’a ni vocation à durer à l’infini ni à être extensible en fonction des lubies du moment.

Rappel n° 2 : les codes engagent aussi bien les candidats que les recruteurs.

Voilà.

J’ai survécu aussi aux questions concernant la profession de mes parents ou bien concernant mon souhait d’avoir des enfants.

Héroïque, je n’ai pas cédé à la tentation de répondre : « Non, merci, Madame, et vous-même ? ».

Je me suis en revanche autorisé quelques sorties théâtrales, notamment en plein milieu d’un entretien de recrutement, estimant et expliquant à mon interlocutrice, médusée, que décidément : « Non, je ne suis pas convaincue par vos méthodes de recrutement ».

Ou bien que je n’étais plus disposée à « dérouler mon parcours dans le sens antichronologique jusqu’à la maternelle », à l’adresse de la consultante dont l’assistante, docile et zélée, notait sur mon dossier, avec une féroce énergie, que j’avais obtenu mon baccalauréat en 1987 et ne possédais pas tel diplôme, tout à fait dispensable en l’occurrence. 

De l’autre côté de la barrière

Et puis un jour, plus récemment, je me suis retrouvée de l’autre côté de la barrière, lorsqu’à mon tour j’ai effectué des prestations en recrutement. Cela a été l’occasion de me confronter à certaines des difficultés que rencontrent les recruteurs.

Auxquelles s’ajoutent mes difficultés en tant que personne avec trouble du spectre autistique. Ce qui ne m’a pas empêchée de réaliser quelques recrutements avec succès, mais au prix d’une anxiété très élevée.

Je n’ai toujours pas vu de cv de personne avec autisme Asperger qui exercerait comme consultant.e en recrutement en milieu ordinaire, pour des clients qui sont des entreprises privées, et des chercheurs d’emploi non-autistes. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y en a pas, bien sûr. Et c’est tant mieux.

En effet, et c’est là la conclusion que je donne à ce billet, la fonction de consultant.e en recrutement comprend une vaste palette de tâches, lesquelles vont des missions commerciales, en passant par de l’audit de poste, jusqu’à l’élaboration de profils et fiches de postes. De plus, ces tâches sont souvent attribuées à différent.es consultant.es et non pas ramassées en un seul poste.

Cela démontre une fois encore qu’aucun domaine professionnel ne devrait être écarté par principe pour une personne avec syndrome d’Asperger qui cherche sa voie…

Publié par Sylvie Seksek

Mon blog sur l'autisme

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