L’expérience de Stéphanie à un poste avec aménagements en entreprise ordinaire (billet 2/2)

Une reconversion professionnelle post-diagnostic

Dans le cadre de sa reconversion professionnelle post-diagnostic, Stéphanie a pris un nouveau poste, le premier avec aménagements.

Retour sur expérience..

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Dans un précédent billet (https://tsa-for-ever.com/2021/02/26/mon-experience-a-un-poste-avec-amenagements), nous avons étudié trois des aménagements dont Stéphanie a bénéficié dans le cadre de cette expérience, à savoir : une tolérance pour les horaires d’arrivée au bureau le matin, la possibilité de faire du télétravail et enfin la mise à disposition de salles de réunion pour se reposer quand nécessaire.

Dans ce billet nous étudierons les trois aménagements suivants : la dispense de participation aux événements sociaux de l’entreprise, la désignation d’un interlocuteur unique pour communiquer à Stéphanie les instructions et enfin une tolérance pour sa tenue vestimentaire au bureau.

AMENAGEMENT (OU TOLERANCE) # 4 – Dispense de participation aux événements sociaux de l’entreprise

Au moment de l’entretien d’embauche, Stéphanie a demandé s’il était possible d’être dispensée de participer aux évènements sociaux de l’entreprise, depuis la pause-café en passant par le déjeuner entre collègues jusqu’aux repas de Noël, pots de départ etc, lesquels sont notoirement générateurs de fatigue pour les autistes.

Sa demande a été accueillie favorablement.

Sauf que, peu après son arrivée, un pot était organisé pour célébrer le départ d’un collègue. Stéphanie a exprimé sa réticence à l’idée d’y participer mais sa hiérarchie lui a proposé de venir, ne serait-ce que 5 minutes pour prendre un verre. « Tu restes 5 minutes et puis tu t’en vas ». Cela a rappelé à Stéphanie les personnes qui proposent une coupe de champagne à une personne qui ne boit pas d’alcool (« C’est juste du champagne ! »).

Stéphanie a bien compris que la proposition de sa hiérarchie était bien intentionnée. Cependant, elle a compris aussi que son sort était scellé, du fait de sa grande pratique de l’entreprise et de ses capacités de camouflage, de sa volubilité et de son sourire.

Ce qui avait d’ailleurs valu peu après son arrivée dans l’entreprise la remarque suivante de la part d’un collègue : « Non mais toi tu as de la chance, quand je vois le fils de mon amie, qui est vraiment autiste »….

Même si je Stéphanie peut tout à fait comprendre ce genre de remarques, elles la crispent.

Mais nous nous égarons, revenons à nos moutons et à notre pot d’entreprise.

Pour être honnête, un pot d’entreprise n’est pas le pire pour Stéphanie, dans la mesure où elle peut se mettre dans son coin et rêvasser.

Stéphanie a même de très bons souvenirs de pots d’entreprise avec des collègues dont elle était proche et avec lesquels elle rigolait comme des baleines entre 2 cacahuètes et 3 blagounettes complices.

Et même si Stéphanie ne comprend absolument pas le principe de se tenir debout avec un drink à la main (posture inconfortable, impossibilité d’apprécier à leur juste valeur les chips et cacahuètes si on doit tchatcher en même temps etc.), Stéphanie peut jouer le jeu malgré tout. Au prix d’une certaine fatigue mais elle peut le faire.

Pourquoi cela la fatigue ? Eh bien d’une part car il faut se concentrer sur plusieurs choses à la fois : son verre, ses chips, la conversation de ses collègues etc. Et si on fête le départ d’un collègue, il faut dire quelque chose, c’est certain. Enfin, certain, à vrai dire Stéphanie n’en n’est pas persuadée mais dans le doute, elle ne prendra pas le risque de paraitre détachée.

Et zou, un peu de scripting : Stéphanie doit préparer sa phrase à l’avance et se tenir prête pour le moment où elle pourra la placer, sa super phrase. C’est-à-dire qu’elle va la retourner dans sa tête et « répéter » jusqu’au moment de la délivrance. Cette pratique, bien qu’invisible pour autrui, n’en n’est pas moins énergivore pour Stéphanie, notamment du fait de l’état de tension dans lequel cela la plonge.

le scripting est l’ensemble des stratégies d’adaptation et de préparation mentale aux interactions sociales stressantes. Ça se manifeste généralement par le besoin de planifier chaque conversation et interaction à l’avance dans sa tête, pour être certain.e de ne pas oublier des idées, pour se rassurer, et pour « réussir » l’interaction sociale.

Site : cutiewhales.fr
Qu’en est-il des pauses-cafés ?

Suite à 2 ou 3 propositions infructueuses, les collègues de Stéphanie ont eu la délicatesse de lui proposer de se joindre à eux si et quand elle « le sentirait ». Bien vu.

Les pauses-cafés ne représentent strictement rien pour Stéphanie mais l’idée que ses collègues ne lui tiennent pas rigueur de sa « non-participation » est rassurante.

Et les déjeuners ?

Alors là c’est une autre histoire. Comment refuser l’hospitalité à un collègue très sympa qui, même s’il a été sensibilisé à l’autisme, se désole de voir Stéphanie déjeuner « seule » dans une mini salle de réunion et propose donc de se joindre à elle ?

Stéphanie aurait-elle envie de lui expliquer que manger et discuter en même temps est fatiguant pour elle ? Que, consciente de sa lenteur, Stéphanie va forcément (c’est un réflexe) tenter de suivre ce qu’il mange afin d’estimer le moment où il finira son plat, en vue de se caler sur lui.

Que, toute à ça, Stéphanie n’écoutera donc pas ce qu’il lui raconte ni n’appréciera ce qu’elle mange.

Et qu’enfin, consciente de sa « supercherie », Stéphanie fera, pour déculpabiliser, durer le déjeuner pour donner l’illusion qu’elle apprécie ce moment.

Ben non, Stéphanie ne le dira pas, bien sûr.

BILAN DE L’AMENAGEMENT # 4 :

Stéphanie s’interroge : l’entreprise peut-elle et doit-elle arbitrer entre le strict respect de ce type d’aménagement (en donnant des consignes à ses ouailles de ne pas inviter leur collègue autiste) et les élans sociaux et humains de ces mêmes ouailles ?

Pour Stéphanie, cette expérience a confirmé, s’il en était besoin, que l’invisibilité de son syndrome d’Asperger joue contre elle.

Cependant, cette expérience lui a aussi permis de constater qu’elle a une tolérance différente pour chaque événement social d’entreprise en fonction de leur nature.

AMENAGEMENT # 5 – Un interlocuteur unique pour lui communiquer les instructions

La psychologue en charge de la sensibilisation de la hiérarchie de Stéphanie a aussi requis, après que Stéphanie lui a demandé, qu’une seule personne lui communique les instructions. Très attachée à cet aménagement, Stéphanie en a réitéré la demande pendant l’entretien d’embauche. Elle souhaitait éviter à tout prix les injonctions contradictoires. Ces directives contreproductives qui lui ont pollué la vie quand elle était comptable.

Cette consigne a été respectée, à une exception près. A savoir quand son collègue (reportant lui aussi à la hiérarchie de Stéphanie), soucieux de la faire monter en compétences, a pris l’initiative de l’embarquer dans un projet déjà largement amorcé et sans que Stéphanie ne soit ni formée ni avisée.

Ce qui a immédiatement généré chez elle un sentiment de panique et de frustration causés tous deux par ses difficultés autistiques à gérer l’imprévu.

Stéphanie a donc demandé des éclaircissements à sa hiérarchie concernant ce projet et son rôle au sein de celui-ci, en expliquant son désarroi. Des explications détaillées et par écrit lui ont alors été fournies sans tarder. Ouf.. 

BILAN DE L’AMENAGEMENT # 5 :

La désignation d’un interlocuteur unique agit comme un rempart contre les injonctions contradictoires (sauf lorsqu’elles émanent du même interlocuteur, auquel cas, pas de bol !).

Cependant, nous pensons que cet aménagement se prête plus à un certain type de poste (dans la gestion des données, peut-être ?) et dans un certain type de structures. D’autant que le travail « en mode projet » s’est largement imposé dans les entreprises et que l’information, en devenant atomisée, circule désormais difficilement sur un seul rail.

Par ailleurs, ce type d’aménagement peut rapidement devenir réducteur, particulièrement pour les profils chevronnés. En outre, en bonne autiste Asperger, Stéphanie a rapidement besoin d’être autonome dans la réalisation intégrale de son travail. Dans la durée, Stéphanie se sentirait donc rapidement à l’étroit en étant dépendante d’un interlocuteur unique.

AMENAGEMENT (OU TOLERANCE) # 6 – « cruels et impitoyables vêtements »

Stéphanie a aussi demandé, à l’occasion de l’entretien d’embauche, une tolérance concernant sa tenue vestimentaire.

En effet, la texture des vêtements lui est très désagréable. En cause son trouble sensoriel tactile.

Petite enfant, Stéphanie pouvait se déshabiller intégralement quand bon lui semblait, cela n’impactait que sa mère, foudroyée par un sentiment de honte lorsque son strip-tease junior avait lieu chez ses copines. Plus tard, bon ben, plus tard, Stéphanie a bien intégré que ça ne se fait pas.

Nous tenons à vous rassurer, aucun des collègues ou hiérarchie de Stéphanie n’a jamais eu à appeler la police des mœurs !

Voilà pourquoi, comme nombre de personnes avec syndrome d’Asperger, Stéphanie privilégie des vêtements confortables.

BILAN DE L’AMENAGEMENT # 6 :

Un sans-faute ! Quel confort et quel soulagement pour Stéphanie.


En complément, si vous souhaitez en savoir plus sur les difficultés des autistes à déjeuner avec leurs collègues, c’est par ici : https://www.huffingtonpost.fr/entry/dejeuner-avec-vos-collegues-vous-parait-naturel-mais-cest-plus-complique-pour-moi-qui-suis-autiste-blog_fr_6006ff77c5b6ffcab967e02f

Publié par Sylvie Seksek

Mon blog sur l'autisme

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