Le bilan, après la première expérience de Stéphanie à un poste avec aménagements : comment ont été perçues ses difficultés autistiques par sa hiérarchie ?

J’ai réalisé ce billet afin d’illustrer la complexité à laquelle sont parfois confrontés les autistes pour identifier et exprimer leurs difficultés au travail, que le poste soit aménagé ou pas.

Je précise à cet effet que sans ses séances avec sa psychologue, Stéphanie serait restée démunie face à ses difficultés. A l’instar, sans doute, de nombreux autistes qui ne bénéficient pas d’un suivi avec un psychologue et sont contraints de subir des difficultés qu’ils ne comprennent pas.

Contexte : lors de son dernier jour de travail, la hiérarchie de Stéphanie a souhaité effectuer un bilan avec elle. Bilan qui s’est avéré particulièrement instructif.

A cette occasion, sa hiérarchie a indiqué à Stéphanie qu’elle serait tout à fait ouverte à l’idée d’accueillir une autre personne avec un trouble du spectre autistique. Flattée de ne pas l’avoir traumatisée à cause de ses difficultés, Stéphanie lui ai cependant précisé que toutes les personnes avec syndrome d’Asperger n’ont pas le même profil que le sien, qui navigue depuis longtemps en entreprise.

Sa hiérarchie a alors confirmé qu’en effet, chez elle, « ça se voit pas ».

Suite à cet aveu, le premier réflexe de Stéphanie a été de se dire que, si toutefois elle avait eu dans l’idée de profiter de cette expérience pour faire avancer la cause des autistes Asperger (c’est-à-dire en vulgarisant auprès de ses collègues et hiérarchie, informés de son autisme, quelques unes des difficultés rencontrées par les personnes avec autisme en entreprise), Stéphanie avait fait chou blanc.

Eh oui, sa hiérarchie n’a pas perçu ses difficultés. En gros, c’est cool car ça s’voit pas, ‘même pas mal ! Bon, faut-il lui décerner l’Oscar de la meilleure actrice ?

J’ajoute qu’au moment de la sélection des candidatures, l’entreprise avait choisi son cv parmi d’autres candidats autistes car Stéphanie : 

« … a l’habitude de l’entreprise et de la hiérarchie ».

Loin d’elle l’idée de leur faire un procès d’intention mais Stéphanie avoue avoir eu la désagréable sensation d’être choisie non pas pour ses compétences mais pour l’assurance qu’elle saurait bien me comporter en entreprise.

Bref..

Un point de crispation, cependant.

A l’occasion de ce bilan, sa hiérarchie a tout de même évoqué un point de blocage de son côté. A savoir son incompréhension lorsque, quelques semaines (sans nuage apparent), après avoir commencé à travailler sur la réalisation de capsules vidéo, Stéphanie avait annoncé l’impossibilité pour elle d’aller plus loin. Même accompagnée par le collègue chargé de la former à l’outil de montage vidéo.

En effet, pendant ces quelques semaines, un travail avec sa psychologue a permis de mettre à jour les difficultés de Stéphanie dans l’organisation et l’articulation d’un nombre supérieur à trois items. Concrètement, synchroniser le son, l’image, les sous-titres etc pour la création d’une vidéo est mission impossible pour elle.

Les responsables ? A priori son trouble des fonctions exécutives, ainsi que son défaut de cohérence globale (je développerai ce dernier dans un autre billet).

« Les fonctions exécutives ou les fonctions de contrôle sont des mécanismes de pensée cruciaux pour la planification des actions et la résolution adéquate d’un problème. Elles comprennent notamment la capacité à planifier étape par étape, (…) l’adaptation de stratégies, la faculté de pouvoir chercher des solutions de manière organisée (…). Des déficits dans ces capacités ont été décelés tant chez les adultes que chez les enfants ayant de l’autisme. ».

extrait du site : participate-autisme.be

La hiérarchie de Stéphanie n’ayant pas compris pourquoi l’apprentissage de la création de vidéos, qui ne semblait pas lui poser problème quelque temps auparavant, était devenu soudainement problématique, elle avait mis ses réticences sur le compte d’un manque de volonté ou d’envie de sa part. Le manque de volonté mettant en cause Stéphanie. Le manque d’envie mettant en cause, sa hiérarchie, qui s’était donné pour mission de lui faire réaliser des choses intéressantes.

Le moment du bilan fut donc l’occasion pour Stéphanie de lui expliquer qu’elle traite l’information différemment des non-autistes ; en différé, pour être précise. En effet, sa pensée est visuelle et non en mots. Cela explique que la conversion images / vague ressenti (voire brouillard) en mots nécessite pour Stéphanie oi du temps et parfois de l’aide.

Par ailleurs, l’expérience d’échec doit être répétée avant que Stéphanie ne réalise que l’action en question lui pose problème. D’où le délai entre la manifestation de ses difficultés et le moment où elle en fera part à sa hiérarchie. Je précise que la manifestation de ses difficultés est forcément invisible pour autrui dans la mesure où elle est dans un premier temps imperceptible même pour Stéphanie.

Pour illustrer ce cheminement spécifique, j’ai réalisé le cycle de vie de la difficulté rencontrée par Stéphanie dans l’exécution de ces montages vidéo. C’est pour moi l’occasion de rappeler qu’affirmer que les autistes « traitent l’information différemment » à une personne qui n’a pas une connaissance pointue de l’autisme ne signifie pas grand-chose.

Certainement pas tout ce que cela représente et implique « à l’intérieur, dans la fameuse partie invisible ».

Le syndrome d’Asperger : « syndrome invisible »

Publié par Sylvie Seksek

Mon blog sur l'autisme

2 commentaires sur « Le bilan, après la première expérience de Stéphanie à un poste avec aménagements : comment ont été perçues ses difficultés autistiques par sa hiérarchie ? »

  1. Sympa. Pour le schéma à la fin, c’est propre a vous ou bien pour les personnes Asperger? Et enfin,c’est valable dans la plupart de vos difficultés ? Ca me fait penser que si vous ne le partagez avec un psychologue, alors la situation est complètement bloquée, si je comprends le schéma, n’est-ce pas?

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    1. Cher Biarnes64,

      Le schéma à la fin est propre à moi mais je ne serais pas étonnée qu’il concerne aussi d’autres autistes ayant un fonctionnement similaire au mien.

      Il est valable dans plusieurs de mes difficultés ; pas la plupart mais tout de même… Quelle qu’en soit la raison autistique (déficit de cohésion globale, dysfonction exécutive ou autre, peut-être pas forcément en lien avec le TSA), le processus (ou chemin) repris dans le schéma reste le même.

      Je précise que la réalisation de ce schéma m’a aidée dans ma vie personnelle aussi car désormais j’identifie plus facilement les situations lorsqu’elles correspondent à ce schéma.

      Enfin, je confirme qu’en l’absence d’un travail avec ma psychologue, je serais restée avec ma difficulté. J’aurais probablement fait comme je faisais avant, à savoir pousser encore et encore malgré mes difficultés, pour faire en sorte de m’acquitter de la tâche qui m’était confiée par ma hiérarchie.

      J’espère que cela répond à votre post.

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