Ma vie avec le Covid

22h00 (il fait encore jour)  : allez, au dodo

Submergée par cette drôle de fatigue que je n’avais jamais connue auparavant. J’attrape mon livre, histoire de faire croire que c’est pas parce que je me couche comme les poules que je ne vais pas lire un peu avant de m’endormir. Non, en fait, je me penche pour l’attraper, mon livre, mais l’effort est trop intense et je laisse tomber. De toute façon, il s’agit de « La mare au Diable », de George Sand. Vu la rapidité de l’action, je ne m’inquiète pas, je reprendrai rapidement et sans problème demain le cours de l’histoire.

Dans la nuit, j’ouvre un œil, puis le referme et me rendors.

6hrs du mat’, je suis réveillée et fraîche comme un gardon. Cependant, il est trop tôt pour me lever car je risque de m’ennuyer. Avec le Covid, le temps s’étire à l’infini. Les bras et les jambes en croix, je fais l’étoile de mer sur mon lit. Mon chat est incommodé par le laisser-aller de sa maitresse et préfère aller faire un tour dehors. Tant mieux.

7h45, je me lève. Une douche puis direction la cuisine. Il est impératif de conserver certains rituels et habitudes sinon je deviens dingue. Autiste un jour, autiste toujours, n’est-ce-pas ? La sensation de fraicheur qui a accompagné mon réveil à 6hrs s’est émoussée. Le temps d’arriver dans la cuisine et je suis de nouveau envahie par cette nausée et ce goût métallique abominable dans la bouche.

J’ouvre la porte du frigo et suis prise d’un mouvement de répulsion. Moi qui n’avais connu jusqu’alors qu’un élan d’attraction amoureuse devant mon frigo, je découvre la sensation déroutante d’avoir envie de tout jeter à la poubelle. Les tomates : beurk, le coca light : au secours, le melon : hors de ma vue. Le chocolat noir, habituellement mon favori, me regarde tout triste pendant que je le foudroie du regard. Seule la salade de poulpe marinée aux olives vertes trouve grâce à mes yeux. Va savoir, Charles… 

Mais bon, on va attendre un petit peu. Des poulpes marinés au petit-déjeuner, comment dire… Pour l’instant, désabusée, j’attrape le lait d’avoine, le gingembre, le citron jaune, le citron vert, le miel, les flocons d’avoine, les raisins secs, les pruneaux, 4,5 noix de cajou (ni plus ni moins) et c’est parti pour la préparation de mon petit-déjeuner. Je prends mon temps, je n’ai que ça à faire.

Une fois mon petit-déjeuner absorbé, je débarrasse la table puis me dirige vers l’évier pour faire la vaisselle.

Même pas en rêve ! ‘Chuis fatiguée. Je m’échoue lamentablement sur le sofa, je regarde deux ou trois trucs sur mon portable.

Je me décide finalement à aller me laver les dents en vue d’attaquer ma première sieste de la journée. Il est 9 heures. Quelle vie trépidante !

Réveil un peu après 10 heures. J’erre dans l’appartement, je sors sur la terrasse puis rentre à l’intérieur. Puis erre à nouveau. Je ne suis jamais seule, mes compagnons la nausée et le goût métallique dans la bouche ne m’abandonnent jamais. Je prends mes vitamines et un peu de Zinc. Je vais lire un peu, aller sur internet. Avant midi je songe à mon repas de midi. Je tousse, aussi, ça occupe pas mal.

C’est vite vu, il n’y a que les féculents qui passent (et le poulpe mariné aux olives !). J’EN PEUX PLUS DES PATES ET DU PAIN ET DU RIZ, A L’AIDE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

12h15 : je déjeune. Je n’ai jamais déjeuné aussi tôt de ma vie. Je tente une folie pour le dessert : reprendre les fruits au sirop que j’adorais avant le Covid. J’ouvre une boîte d’ananas en boite. Je goûte et suis immédiatement saisie d’une fureur dirigée contre les pauvres tranches d’ananas qui n’ont rien demandé, les pauvres. Je voudrais les fracasser contre le mur mais je n’en n’ai même pas la force.

Si j’aime pas, je n’en mange pas, point. Rien ne m’oblige à m’énerver contre les aliments. Sauf que mon dégoût est tel que j’ai réellement envie d’en découdre avec certains d’entre eux. Personne ne m’avait prévenue qu’avec le Covid j’aurais envie de me battre avec certains aliments.

De toute façon, la digestion commence à produire ses effets, j’ai sommeil. Comment distinguer le sommeil de cette fatigue terrible due au Covid ? Mystère. Quoi qu’il en soit, ça se termine toujours de la même façon : au dodo !

15h30, réveil. Il parait qu’il faut conserver un semblant d’activité quand on a le Covid. Bon, ma machine à laver étant en panne, c’est décidé, je lave mon linge à la main. Sera-t-ce l’effet « Mare au Diable » ?

16 hrs, comme tous les jours, je vais étendre mon linge. Une fois sur la terrasse, j’essore le linge à la main, en soufflant comme un bœuf et à l’aide du peu de souffle dont je dispose. Décoiffée et dans une tenue approximative, j’ai abandonné toute notion d’estime personnelle et suis totalement imperméable aux regards des voisins qui se demandent probablement si je n’ai pas viré survivaliste ou Amish ou un truc du genre.

16h30, je craque : je vais acheter une brioche à la boulangerie. De l’air, de l’air, ça fait tellement de bien ! Une fois à la boulangerie, je salive devant les sablés au chocolat. Je reviens chez moi les bras chargés de victuailles sucrées.

17 hrs : youpi, l’heure du goûter ! Mon rituel journalier, mon reset. Je bois mon thé, je mange le sablé au chocolat, j’engloutis une brioche puis un pain au raisins (JE N’AIME PAS ÇA HABITUELLEMENT !).

17h30 : gagné. Je suis doublement nauséeuse. Comme je regrette ce moment de gloutonnerie….

17h35 : lavage de dents

17h40 : allez, au dodo.

19 hr : réveil (le ixième de la journée). Je me lève, je déambule, je vais retourner le linge afin qu’il ne soit pas trop cuit sur le même côté. Je réfléchis à mon diner de ce soir, dont je connais déjà l’issue : des féculents suivis d’une belle nausée. Moment de tristesse infinie. Et puis toujours cette nausée et ce goût métallique dans la bouche.

19h10 : YouTube, YouTube, YouTube. Bizarrement, même mes goûts musicaux ont changé. Je me diversifie aussi. Désormais je fais une fixation sur les vidéos des influenceuses qui présentent les produits amincissants de Natural Mojo. Le bruit des flacons lorsque les influenceuses dévissent les couvercles, ou bien des glaçons quand elles secouent le shaker rempli de liquide me procure une sensation de bien-être incroyable. Cherchez pas, c’est un truc d’autiste…. J’enchaine donc les vidéos les unes après les autres.

J’adore aussi les vidéos de la comique Marina Cars mais il m’est impossible de les visionner car le fait de rire me provoque des quintes de toux.

20h30 : je ramasse le linge qui est sec.

21hrs : je dîne devant la télé.

22hrs : je ne saurai jamais qui a tué Tartampion. Terrassée par la fatigue, je me traine lamentablement jusqu’à mon lit sur lequel mon chat a déjà pris place.

22h03 : je me demande quand ça va s’arrêter et si un jour la vie normale reprendra son cours. Moi qui étais sceptique concernant le vaccin, je me dis que je serais désormais disposée à prendre le risque de ressembler à un mutant, si j’avais la garantie d’être débarrassée de cette nausée, de ce goût métallique dans la bouche, de ces courbatures et de cette infinie fatigue.

Bon, allez, bonne nuit. ‘Y faut que je récupère des forces, j’ai prévu de mettre une raclée aux poivrons qui traînent dans mon frigo, demain..

Publié par Sylvie Seksek

Mon blog sur l'autisme

3 commentaires sur « Ma vie avec le Covid »

  1. Jusqu’en mars 2021, tout allait bien, je regardais les séries Netflix et Prime jusqu’à pas d’heure sans que ça n’impacte le moins du monde mon énergie, j’allais bosser (en présentiel, si si !) et tout semblait aller de mieux en mieux.
    Mais c’est au printemps que c’est parti en vrille. Une fatigue monumentale et inexplicable s’est abattue sur moi, rendant les débuts et les milieux et les fins difficiles. Comprendre débuts, milieux et fin de matinée et d’après-midi et de soirée. Dormir 10h n’y change rien, les oreilles sifflent (ni généraliste ni ORL n’ont une explication), le cerveau se brouille, le sommeil l’emporterait à tout moment de la journée.
    Je suis aussi musicien de bal, j’ai réussi ma première sortie la semaine dernière mais ça a été très dur. Arrivée 18h : envie de dormir. Fin du repas pris en commun : bon, on va se coucher ? Toutes les heures, moment de flottement, d’esprit embrouillé, de perte de concentration. Mais j’ai réussi à me coucher à 2h et j’étais content de moi.
    Et puis on ne voit presque plus personne : plus d’activités associatives, plus de sorties musique, juste croiser les collègues, tous masqués, du matin au soir. Je me dis de plus en plus que, puisque l’angoisse est quasi permanente, la dépression ne doit pas être loin. A ce point ?

    Je suis vacciné depuis fin avril (1ère) et début juillet (2ème).

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    1. Le COVID est un ovni. Le processus de guérison est aussi très déstabilisant car il est souvent constitué de paliers sur lesquels on reste bloqué parfois longtemps, avant d’accéder au palier suivant…ou bien d’être rétrogradé vers le précédent palier (ce qui signifie retour de la toux, de douleurs etc). si toutefois nous n’avons pas respecté un repos total.

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